Histoire · Civilisations du monde
Le royaume d’Aksoum
Le royaume d’Aksoum, au nord de l’Éthiopie et en Érythrée, prospère du Ier au VIIe siècle. Grande puissance commerciale de la mer Rouge, il adopte le christianisme vers 340 sous le roi Ezana.
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Aksoum (ou Axoum) est une ville des hauts plateaux du Tigré, dans le nord de l’Éthiopie. Elle a donné son nom à un royaume qui, à son apogée entre le IIIe et le VIe siècle, contrôle les routes entre la mer Rouge, l’intérieur de l’Afrique et l’océan Indien. Le prophète perse Mani, au IIIe siècle, le citait parmi les quatre grands royaumes du monde, avec Rome, la Perse et la Chine. Aksoum est l’un des premiers États à adopter le christianisme comme religion officielle et le seul royaume africain de son temps à frapper sa propre monnaie d’or.
Repères chronologiques
| Date (approximative) | Événement |
|---|---|
| Ier siècle | Le Périple de la mer Érythrée, texte grec, mentionne Aksoum et son port d’Adulis |
| IIIe siècle | Aksoum frappe ses premières monnaies |
| IIIe-IVe siècle | Érection des grandes stèles |
| Vers 330-350 | Le roi Ezana se convertit au christianisme |
| Vers 350 | Expédition d’Ezana contre Méroé, en Nubie |
| Fin du Ve siècle | Arrivée des « Neuf Saints », moines venus de l’Empire romain d’Orient |
| Vers 520-525 | Le roi Kaleb intervient au Yémen contre le royaume de Himyar |
| Fin du VIe siècle | Les Perses sassanides s’emparent du Yémen |
| VIIe siècle | Aksoum accueille des musulmans réfugiés de La Mecque (première hégire, vers 615) |
| VIIe-Xe siècle | Déclin ; le pouvoir se déplace vers le sud |
Une puissance commerciale
La richesse d’Aksoum repose sur sa position entre plusieurs mondes. Le port d'Adulis, sur la mer Rouge (près de l’actuelle Massaoua, en Érythrée), exporte :
- l'ivoire, produit phare, ainsi que l’écaille de tortue et la corne de rhinocéros ;
- l’or, l’encens et la myrrhe, les épices, les esclaves ;
et importe tissus, verre, vin, huile et métaux de l’Empire romain, de l’Inde et de l’Arabie. Aksoum sert d’intermédiaire entre la Méditerranée et l’océan Indien, à une époque où l'Empire romain puis l'Empire byzantin cherchent à contourner la Perse.
Les stèles d’Aksoum
Le site est célèbre pour ses stèles monolithiques en granit, qui marquaient des tombes royales. Les plus grandes sont sculptées pour imiter des tours d’habitation à plusieurs étages, avec fausses portes et fausses fenêtres.
| Stèle | Hauteur approximative | État |
|---|---|---|
| Grande stèle | Environ 33 m | Effondrée, sans doute lors de son érection ou peu après |
| Stèle dite « de Rome » | Environ 24 m | Emportée à Rome en 1937 sous l’occupation italienne, restituée et remontée à Aksoum en 2008 |
| Stèle du roi Ezana | Environ 21 m | Toujours debout |
La grande stèle, d’environ 500 tonnes, compte parmi les plus grands monolithes jamais dressés dans l’Antiquité. Le site archéologique d’Aksoum est inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1980.
La conversion au christianisme
Selon l’historien latin Rufin, deux jeunes chrétiens de Tyr, Frumentius et Aedesius, rescapés d’un naufrage, sont emmenés à la cour d’Aksoum où ils deviennent conseillers. Frumentius est ensuite consacré évêque d’Aksoum par Athanase d’Alexandrie et convertit le roi Ezana, vers le milieu du IVe siècle. Les inscriptions d’Ezana montrent le passage de l’invocation des dieux traditionnels à celle du « Seigneur du ciel », puis à une formule explicitement chrétienne.
L’Église éthiopienne reste liée pendant seize siècles au patriarcat d'Alexandrie, dont elle partage la doctrine dite miaphysite, rejetée par le concile de Chalcédoine (451). Elle ne devient autocéphale qu’au XXe siècle (1959). À la fin du Ve siècle, les Neuf Saints, moines venus de l’Orient romain, fondent des monastères et participent à la traduction de la Bible en guèze.
Le guèze, langue et écriture
Les Aksoumites parlent et écrivent le guèze, langue sémitique. Son écriture, issue de l’alphabet sud-arabique, devient au IVe siècle un alphasyllabaire : chaque signe note une consonne suivie d’une voyelle, indiquée par une modification de la forme. C’est la seule écriture d’origine africaine encore utilisée par des millions de personnes : elle sert aujourd’hui à écrire l'amharique et le tigrigna. Le guèze n’est plus parlé mais reste la langue liturgique de l’Église éthiopienne.
Aksoum et l’Arabie
Au début du VIe siècle, le roi Kaleb traverse la mer Rouge pour renverser le roi juif de Himyar (Yémen), accusé de persécuter les chrétiens de Najran, en accord avec l’empereur byzantin Justin Ier. Le Yémen passe sous influence aksoumite, puis est conquis par les Perses sassanides vers 570 (voir Empire perse).
Selon la tradition musulmane, vers 615, un groupe de premiers musulmans persécutés à La Mecque trouve refuge auprès du négus (roi) d’Aksoum, qui refuse de les livrer. Cet épisode, appelé première hégire, explique le respect particulier que la tradition islamique accorde à l’Éthiopie.
Le déclin
À partir du VIIe siècle, Aksoum perd le contrôle du commerce de la mer Rouge, dominé par les puissances musulmanes après l’expansion arabe. La frappe de monnaie cesse. La dégradation des sols et le déplacement du pouvoir vers le sud, dans les montagnes, achèvent ce déclin. La tradition chrétienne éthiopienne prolonge l’héritage d’Aksoum : la dynastie dite salomonide, qui règne de 1270 à 1974, affirme descendre de Salomon et de la reine de Saba par leur fils Ménélik, et Aksoum reste la ville sainte où étaient couronnés certains empereurs.
Questions fréquentes
Où se trouvait le royaume d’Aksoum ?
Dans le nord de l’Éthiopie (région du Tigré) et en Érythrée actuelles, avec des prolongements temporaires au Soudan et au Yémen.
Quand Aksoum est-il devenu chrétien ?
Au milieu du IVe siècle, sous le roi Ezana, converti par l’évêque Frumentius. C’est l’un des premiers États au monde à adopter le christianisme, peu après l’Arménie et dans la même période que l’Empire romain.
L’arche d’alliance est-elle à Aksoum ?
C’est une croyance de l’Église orthodoxe éthiopienne, qui affirme la conserver dans une chapelle de l’église Sainte-Marie-de-Sion. Aucun chercheur n’a pu la voir ; l’affirmation relève de la foi et non de l’histoire vérifiable.
Quelle langue parlait-on à Aksoum ?
Le guèze, langue sémitique dont l’écriture est encore utilisée en Éthiopie et en Érythrée. Le grec servait aussi pour le commerce et certaines inscriptions royales.