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Le Grand Zimbabwe
Le Grand Zimbabwe est une ville de pierre bâtie du XIe au XVe siècle par les ancêtres des Shonas. Capitale d’un royaume enrichi par l’or, c’est le plus grand site monumental ancien d’Afrique australe.
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Le Grand Zimbabwe se dresse sur un plateau à environ 30 km de la ville actuelle de Masvingo. Ses murailles de granit, assemblées sans mortier, s’étendent sur plusieurs centaines d’hectares. Au XIVe siècle, le site aurait abrité entre 10 000 et 18 000 habitants selon les estimations, ce qui en fait l’une des plus grandes villes d’Afrique australe de son époque. Il a donné son nom au pays : en shona, dzimba dza mabwe signifie « maisons de pierre ». Il est inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1986.
Repères chronologiques
| Date (approximative) | Étape |
|---|---|
| Xe-XIe siècle | Premiers villages d’agriculteurs et d’éleveurs sur la colline |
| XIe-XIIe siècle | Essor de Mapungubwe (Afrique du Sud actuelle), premier grand État de la région |
| Vers 1220-1290 | Déclin de Mapungubwe ; montée du Grand Zimbabwe |
| XIIIe-XIVe siècle | Construction des grandes murailles ; apogée |
| XVe siècle | Abandon progressif du site |
| Vers 1450 | Le royaume du Mutapa (Monomotapa) prend le relais plus au nord |
| 1871 | Visite du géologue allemand Karl Mauch |
| 1905 et 1929 | Fouilles de David Randall-MacIver puis de Gertrude Caton-Thompson, qui confirment l’origine africaine |
Les trois ensembles du site
La colline
La Hill Complex (enceinte de la colline), sur un éperon rocheux dominant la vallée, est la partie la plus ancienne. Ses murs s’appuient sur d’énormes blocs de granit naturels. Elle est généralement interprétée comme la résidence du roi et un lieu religieux.
La Grande Enceinte
La Grande Enceinte (Great Enclosure), dans la vallée, est le monument le plus spectaculaire :
| Caractéristique | Mesure approximative |
|---|---|
| Longueur du mur extérieur | Environ 250 m |
| Hauteur maximale | Environ 11 m |
| Épaisseur à la base | Jusqu’à 5-6 m |
| Nombre de blocs | Près d’un million |
| Tour conique intérieure | Environ 10 m de haut, pleine |
Les blocs de granit, taillés en briques régulières, sont posés à sec en assises horizontales. Le sommet du mur est orné par endroits d’un motif en chevrons. Au centre se dresse une tour conique pleine, dont la fonction reste inconnue : symbole du pouvoir, grenier symbolique ou monument religieux.
La vallée
Entre les deux, les ruines de la vallée correspondent à des habitations de l’élite et du peuple, en terre et en pierre.
Une économie de l’or et du bétail
La puissance du Grand Zimbabwe repose sur plusieurs ressources :
- l'élevage bovin, source de richesse et de prestige ;
- l’agriculture (sorgho, millet) ;
- surtout le contrôle des routes de l'or et de l’ivoire extraits du plateau.
L’or est acheminé vers la côte de l’océan Indien, notamment vers la cité swahilie de Kilwa (Tanzanie actuelle), par l’intermédiaire du port de Sofala, au Mozambique. En échange arrivent des produits venus de très loin : on a retrouvé sur le site des perles de verre, des fragments de céramique chinoise et de faïence persane, et une pièce frappée à Kilwa. Le Grand Zimbabwe est ainsi relié au vaste réseau commercial de l’océan Indien, qui s’étend jusqu’à la Chine des Ming.
Les oiseaux de stéatite
Huit oiseaux sculptés dans la stéatite (pierre à savon), hauts d’environ 40 cm et posés sur des colonnes, ont été retrouvés principalement dans l’enceinte de la colline. Ils représentent un rapace stylisé, peut-être un aigle, et pourraient être liés aux ancêtres royaux. Plusieurs d’entre eux, emportés à l’époque coloniale, ont été restitués au Zimbabwe, le dernier par l’Allemagne en 2003. L'oiseau du Zimbabwe figure aujourd’hui sur le drapeau et les armoiries du pays.
Pourquoi le site a-t-il été abandonné ?
Au XVe siècle, la population quitte progressivement le Grand Zimbabwe. Les causes probables sont :
- l'épuisement des ressources locales (sols, bois, pâturages) pour une population nombreuse ;
- le déplacement des routes de l’or vers le nord, au profit de la vallée du Zambèze ;
- peut-être des sécheresses et des tensions politiques.
Le pouvoir se recompose dans deux États héritiers : le royaume du Mutapa (Monomotapa), au nord, que les Portugais connaîtront au XVIe siècle, et celui de Torwa, puis de Rozvi, au sud-ouest (site de Khami).
Un enjeu politique : le mythe colonial
Les archéologues David Randall-MacIver (1905) puis Gertrude Caton-Thompson (1929) démontrent que le site est d’origine africaine et médiévale, ce qui est aujourd’hui établi sans ambiguïté. Pourtant, le régime de la minorité blanche de Rhodésie continua, jusque dans les années 1970, à faire pression pour que les guides et les publications officielles évitent d’affirmer l’origine africaine. À l’indépendance en 1980, le pays prend le nom de Zimbabwe en référence au site. Ce débat s’inscrit dans l’histoire de la colonisation et de ses justifications idéologiques.
Questions fréquentes
Qui a construit le Grand Zimbabwe ?
Les ancêtres des Shonas, peuple de langue bantoue qui forme aujourd’hui la majorité de la population du Zimbabwe. Les preuves archéologiques (céramique, objets, datations) sont concordantes.
Où se trouve le Grand Zimbabwe ?
Dans le sud-est du Zimbabwe, près de la ville de Masvingo, à environ 300 km au sud de la capitale Harare.
Que signifie « Zimbabwe » ?
Le mot vient du shona et désigne des « maisons de pierre » ou, selon une autre interprétation, des « maisons vénérées », résidences de chefs.
À quoi servait la tour conique ?
On ne le sait pas. La tour est pleine et sans escalier. Les hypothèses vont du symbole de pouvoir royal au grenier symbolique ou au monument religieux, sans preuve décisive.