Économie · Monnaie et finance
Politique monétaire
La politique monétaire est l’action de la banque centrale sur les taux d’intérêt et la quantité de monnaie pour maintenir la stabilité des prix et, selon les mandats, soutenir l’activité et l’emploi.
Mis à jour le 4 min de lecture
La politique monétaire est l’un des deux grands leviers de la politique économique, avec la politique budgétaire. Elle est confiée à une banque centrale généralement indépendante : la BCE pour la zone euro, la Banque du Canada pour le Canada, la Réserve fédérale pour les États-Unis.
Les objectifs
| Banque centrale | Objectif officiel |
|---|---|
| BCE | Stabilité des prix : inflation de 2 % à moyen terme (IPCH), objectif symétrique |
| Banque du Canada | Inflation de 2 %, au milieu d’une fourchette de 1 à 3 %, cible fixée par entente avec le gouvernement et renouvelée tous les cinq ans |
| Réserve fédérale | Double mandat : stabilité des prix (2 %) et emploi maximal |
La Nouvelle-Zélande a été la première, en 1990, à adopter un ciblage d’inflation explicite ; le Canada l’a suivie en 1991.
Les instruments
Les taux directeurs
L’outil principal est le pilotage des taux d’intérêt à court terme. En relevant ou en abaissant ses taux directeurs, la banque centrale modifie le coût auquel les banques se financent, donc le coût du crédit pour les ménages et les entreprises.
| Situation | Décision | Effet recherché |
|---|---|---|
| Inflation trop élevée, économie en surchauffe | Hausse des taux (politique restrictive) | Freiner le crédit et la demande, ramener l’inflation vers la cible |
| Inflation trop faible, activité ralentie | Baisse des taux (politique accommodante) | Stimuler le crédit, l’investissement et la consommation |
Taux en vigueur : facilité de dépôt de la BCE à 2,50 % depuis le 16 septembre 2026 ; taux cible du financement à un jour de la Banque du Canada à 2,25 % en septembre 2026.
Les opérations de refinancement
La banque centrale prête des liquidités aux banques contre des garanties (titres, créances). Pendant les crises, la BCE a accordé des prêts à très long terme et à taux avantageux pour inciter les banques à prêter aux entreprises (opérations TLTRO).
Les réserves obligatoires
Les banques doivent détenir une part de leurs dépôts sur leur compte à la banque centrale. Dans la zone euro, ce taux est de 1 % depuis 2012 ; c’est aujourd’hui un instrument secondaire.
Les instruments « non conventionnels »
Quand les taux sont déjà proches de zéro, la banque centrale peut :
- acheter massivement des titres (obligations d’État, d’entreprises) : c’est l'assouplissement quantitatif (quantitative easing), qui fait baisser les taux longs ;
- pratiquer des taux négatifs sur les dépôts des banques (BCE de 2014 à 2022) ;
- s’engager publiquement sur l’évolution future de ses taux (forward guidance).
À l’inverse, le resserrement quantitatif consiste à réduire progressivement le stock de titres détenus.
Comment la politique monétaire agit-elle sur l’économie ?
Les effets passent par plusieurs canaux de transmission et mettent de un à deux ans à se faire pleinement sentir.
- Canal du taux d’intérêt : un crédit plus cher décourage l’achat immobilier et l’investissement, et rend l’épargne plus attractive.
- Canal du crédit : les banques prêtent moins et sont plus sélectives.
- Canal du prix des actifs : la hausse des taux fait souvent baisser les prix des actions, des obligations et de l’immobilier, ce qui réduit la richesse des ménages.
- Canal du taux de change : des taux plus élevés attirent les capitaux et font monter la monnaie, ce qui rend les importations moins chères.
- Canal des anticipations : une banque centrale crédible ancre les attentes d’inflation des agents, qui fixent leurs prix et salaires en conséquence.
Les grands débats
- Règles ou discrétion : faut-il suivre une règle fixe ? Milton Friedman proposait une croissance constante de la masse monétaire ; John Taylor a formulé en 1993 une règle reliant le taux directeur à l’inflation et à l’écart de production.
- Efficacité près de zéro : la « trappe à liquidité » décrite par Keynes limite l’action monétaire en période de déflation.
- Effets secondaires : des taux très bas pendant longtemps peuvent alimenter les bulles financières et immobilières et accroître les inégalités de patrimoine.
- Zone euro : une politique unique pour des économies différentes peut être trop restrictive pour certaines et trop accommodante pour d’autres.
- Choc d’offre : relever les taux ne fait pas baisser le prix du pétrole ; la banque centrale cherche alors surtout à éviter les effets de second tour (spirale prix-salaires).
Questions fréquentes
Qui décide de la politique monétaire en France ?
Le Conseil des gouverneurs de la BCE, où siège le gouverneur de la Banque de France. Depuis 1999, la France n’a plus de politique monétaire nationale.
Pourquoi les banques centrales ont-elles monté les taux en 2022 ?
Pour combattre une inflation qui avait atteint des niveaux inédits depuis les années 1980, après la reprise post-pandémie et la flambée de l’énergie liée à la guerre en Ukraine.
La politique monétaire peut-elle créer des emplois ?
À court terme, une politique accommodante peut soutenir l’activité et l’emploi. À long terme, selon le consensus actuel, elle détermine surtout l’inflation et n’agit pas durablement sur le chômage structurel.