Économie · Économie mondiale
Délocalisation
Une délocalisation est le transfert, par une entreprise, de tout ou partie de sa production d’un pays vers un autre, généralement pour réduire ses coûts ou se rapprocher de nouveaux marchés.
Mis à jour le 3 min de lecture
Les délocalisations sont l’un des visages les plus visibles et les plus débattus de la mondialisation. Fermetures d’usines, transferts de centres d’appels ou de services informatiques : elles ont marqué de nombreux territoires industriels en France comme au Canada. Leur poids réel dans les destructions d’emplois est pourtant plus limité qu’on ne le croit souvent, et le mouvement inverse, la relocalisation, est devenu un objectif politique.
Délocalisation, externalisation, investissement à l’étranger
| Notion | Définition | Exemple |
|---|---|---|
| Délocalisation | Transfert d’une activité à l’étranger | Une usine textile ferme en France et rouvre au Maghreb |
| Externalisation (outsourcing) | Confier une activité à une autre entreprise, en France ou ailleurs | Sous-traiter le nettoyage ou la paie |
| Délocalisation par sous-traitance (offshore outsourcing) | Confier l’activité à une entreprise étrangère | Centre d’appels confié à un prestataire à l’étranger |
| Investissement direct à l’étranger | Créer ou racheter une filiale à l’étranger, pas forcément au détriment du pays d’origine | Usine construite en Chine pour vendre en Asie |
| Nearshoring | Délocalisation vers un pays proche | Industrie européenne en Europe centrale ou au Maroc ; industrie nord-américaine au Mexique |
| Relocalisation (reshoring) | Retour d’une activité dans le pays d’origine | Production de médicaments rapatriée en Europe |
Toute implantation à l’étranger n’est donc pas une délocalisation : si une entreprise ouvre une usine en Inde pour servir le marché indien, sans fermer d’activité en France, il s’agit d’une expansion internationale.
Pourquoi délocaliser ?
- Le coût du travail : les écarts de salaires entre pays développés et pays émergents restent considérables, même s’ils se réduisent.
- La proximité des marchés : produire là où se trouvent les clients réduit les coûts de transport et les droits de douane.
- L’accès aux ressources : matières premières, énergie, compétences (ingénieurs informatiques en Inde).
- La fiscalité et la réglementation : impôts sur les sociétés, normes environnementales ou sociales moins contraignantes.
- La baisse des coûts de transport et de communication, qui rend possible la fragmentation de la production (conteneur, internet).
La théorie du commerce international (modèle HOS) prévoit que les activités intensives en main-d’œuvre peu qualifiée se déplacent vers les pays où cette main-d’œuvre est abondante.
Quels effets ?
Sur le pays d’origine
- Pertes d’emplois concentrées sur certains secteurs (textile, électronique grand public, ameublement, puis services) et certains territoires, souvent déjà fragiles.
- Baisse des prix pour les consommateurs.
- Gains de compétitivité pour les entreprises, qui peuvent préserver ou créer des emplois qualifiés (conception, marketing, recherche) dans le pays d’origine.
- Désindustrialisation : la part de l’industrie dans l’emploi a fortement reculé en France depuis les années 1970.
Les études de l’Insee ont toutefois montré que les délocalisations au sens strict n’expliquent qu’une partie limitée de la baisse de l’emploi industriel en France : les gains de productivité et l’externalisation vers les services (une partie des emplois est simplement comptée dans les services) y contribuent davantage. Aux États-Unis, en revanche, les travaux sur le « choc chinois » ont mis en évidence des effets importants et durables sur l’emploi local dans les zones exposées.
Sur le pays d’accueil
- créations d’emplois, transferts de technologie, recettes d’exportation ;
- mais aussi conditions de travail parfois difficiles : l’effondrement du Rana Plaza au Bangladesh (24 avril 2013, plus de 1 100 morts) a mis en lumière les conditions de production du textile mondialisé.
La relocalisation
Depuis les années 2010, et plus encore depuis la pandémie de 2020 et la guerre en Ukraine, la relocalisation est devenue un objectif des politiques industrielles :
- sécuriser l’approvisionnement en biens stratégiques (médicaments, semi-conducteurs, batteries, masques) ;
- réduire l’empreinte carbone des chaînes d’approvisionnement (voir développement durable) ;
- revitaliser les territoires industriels.
Les relocalisations restent cependant limitées en nombre et créent souvent moins d’emplois que ceux qui avaient été perdus, car les nouvelles usines sont très automatisées.
Questions fréquentes
Les délocalisations sont-elles la principale cause du chômage ?
Non. Elles jouent un rôle réel dans certains bassins d’emploi, mais le chômage dépend surtout de la conjoncture, de la productivité et du fonctionnement du marché du travail.
Les services peuvent-ils être délocalisés ?
Oui : centres d’appels, développement informatique, comptabilité, traitement de données. Le numérique a rendu ces délocalisations plus faciles.
Qu’est-ce que la « délocalisation fiscale » ?
Le transfert de bénéfices ou de sièges sociaux vers des pays à faible imposition, sans déplacer la production réelle. L’accord international de l’OCDE sur un impôt minimum mondial de 15 % sur les grandes entreprises (2021) vise à la limiter.