Aller au contenu
connaissance.org

Psychologie · Développement et personnalité

Les stades freudiens

Selon Freud, l’enfant traverse cinq stades psychosexuels : oral, anal, phallique, latence et génital. Cette théorie a marqué la culture, mais la recherche ne la soutient pas.

Mis à jour le 4 min de lecture

Dans Trois essais sur la théorie sexuelle (1905), Sigmund Freud (1856-1939) affirme une thèse qui fit scandale : la sexualité ne commence pas à la puberté mais dès la naissance. Il entend « sexualité » au sens large de recherche de plaisir corporel. Selon lui, cette énergie, la libido, se concentre successivement sur différentes zones du corps, ce qui définit des stades. La manière dont chaque stade est vécu marquerait durablement la personnalité. Pour l’ensemble de sa pensée, voir la fiche Freud.

Les cinq stades

StadeÂge indicatifZone et source de plaisirEnjeu principal
Oral0 à 1 an environBouche : téter, sucer, mordreDépendance, sevrage
Anal1 à 3 ansAnus : rétention et expulsionContrôle, propreté, rapport à l’autorité
Phallique3 à 5-6 ansOrganes génitauxComplexe d’Œdipe, différence des sexes
Latence6 ans à la pubertéMise en sommeil de la sexualitéApprentissages, socialisation, amitiés
GénitalÀ partir de la pubertéSexualité orientée vers autruiRelations amoureuses adultes

Le stade oral

Le plaisir est lié à la succion, puis à la morsure quand les dents apparaissent (Karl Abraham, disciple de Freud, distingue un stade oral tardif « sadique »). Le sevrage en est l’épreuve principale.

Le stade anal

L’apprentissage de la propreté confronte l’enfant aux exigences des adultes. Retenir ou donner ses selles devient, selon Freud, une manière de s’opposer ou de faire plaisir. Il associe à ce stade des traits de caractère adultes : ordre, parcimonie, obstination.

Le stade phallique et le complexe d’Œdipe

Entre 3 et 6 ans, l’enfant découvrirait la différence des sexes et éprouverait un désir pour le parent de sexe opposé, accompagné de rivalité avec l’autre parent : c’est le complexe d’Œdipe, du nom du héros grec qui tue son père et épouse sa mère sans le savoir. Sa résolution passerait par l’identification au parent de même sexe et la formation du surmoi, l’instance morale intérieure.

La période de latence

Les pulsions sexuelles seraient refoulées et l’énergie investie dans les apprentissages scolaires et les relations amicales.

Le stade génital

À la puberté, les pulsions se réorganisent et s’orientent vers un partenaire extérieur à la famille.

La notion de fixation

Si un stade est trop frustrant ou trop gratifiant, une partie de la libido y resterait fixée. En cas de difficulté, l’adulte pourrait régresser vers ce stade. Ainsi, Freud et ses successeurs reliaient le tabagisme ou la gourmandise à une fixation orale, l’avarice ou la maniaquerie à une fixation anale. Ces expressions sont passées dans le langage courant (« c’est un anal »).

Ce qu’en dit la recherche

La théorie des stades psychosexuels a été très influente, mais elle est aujourd’hui marginale en psychologie scientifique pour plusieurs raisons.

  • Elle repose sur des cas cliniques, souvent des adultes, interprétés rétrospectivement, et non sur l’observation systématique d’enfants. Le « petit Hans », seul cas d’enfant, est analysé par l’intermédiaire de son père.
  • Elle est difficilement réfutable. Le philosophe Karl Popper prenait la psychanalyse comme exemple de théorie capable d’expliquer un comportement et son contraire, donc non falsifiable.
  • Les tests empiriques sont décevants. Les études n’ont pas montré de lien solide entre la manière dont s’est déroulé le sevrage ou l’apprentissage de la propreté et la personnalité adulte.
  • Le complexe d’Œdipe n’est pas universel sous la forme décrite : l’anthropologue Bronisław Malinowski le contestait dès les années 1920 à partir de ses observations aux îles Trobriand.
  • La vision de la sexualité féminine (envie du pénis) est largement rejetée, y compris par de nombreux psychanalystes.

Les successeurs de Freud

  • Erik Erikson a remplacé les stades psychosexuels par des stades psychosociaux couvrant toute la vie (voir stades d’Erikson).
  • Melanie Klein a fait remonter le complexe d’Œdipe à la première année.
  • Françoise Dolto, en France, a diffusé auprès du grand public une lecture psychanalytique de l’enfance.

Questions fréquentes

Les stades de Freud sont-ils encore enseignés ?

Ils figurent dans les cours d’histoire de la psychologie et restent centraux dans la formation psychanalytique. En psychologie du développement scientifique, ils ont été remplacés par d’autres modèles.

Quelle différence entre les stades de Freud et ceux de Piaget ?

Freud décrit le développement affectif et sexuel à partir d’entretiens cliniques ; Piaget décrit le développement de l’intelligence à partir d’observations et d’épreuves menées auprès d’enfants.

Le complexe d’Œdipe existe-t-il ?

Les enfants de 3 à 5 ans disent souvent vouloir « se marier avec papa » ou « avec maman », ce qui est banal. L’interprétation freudienne de ces propos comme désir sexuel refoulé et universel n’est pas démontrée.

À lire aussi

Développement et personnalité : toutes les fiches