Économie · Grands économistes
Joseph Schumpeter
Joseph Schumpeter (1883-1950) est un économiste autrichien, naturalisé américain. Il a fait de l’innovation et de l’entrepreneur le moteur du capitalisme, qu’il décrit comme un processus de « destruction créatrice ».
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Joseph Alois Schumpeter est l’économiste de l’innovation. Contemporain exact de Keynes (ils sont nés la même année), il s’intéresse moins aux crises de demande qu’à la dynamique de long terme du capitalisme : comment de nouveaux produits, de nouvelles techniques et de nouvelles entreprises remplacent les anciens. Ses idées sont au cœur des théories modernes de la croissance.
Biographie
| Date | Événement |
|---|---|
| 1883 | Naissance en Moravie |
| 1901-1906 | Études de droit et d’économie à l’université de Vienne, auprès notamment d’Eugen von Böhm-Bawerk |
| 1911 | Théorie de l’évolution économique ; professeur à l’université de Graz |
| 1919 | Ministre des Finances de la jeune république d’Autriche, pendant quelques mois |
| 1921-1924 | Président d’une banque privée viennoise, qui fait faillite |
| 1925-1932 | Professeur à l’université de Bonn |
| 1932 | Professeur à l’université Harvard, aux États-Unis |
| 1942 | Capitalisme, socialisme et démocratie |
| 1948 | Président de l’American Economic Association |
| 1950 | Mort dans le Connecticut |
L’entrepreneur et l’innovation
Dans la Théorie de l’évolution économique (1911), Schumpeter distingue l’économie en circuit, qui se reproduit à l’identique, et l'évolution, qui naît de l’irruption de nouveautés. L’agent de ce changement est l'entrepreneur : non pas le simple gestionnaire ou le capitaliste qui apporte des fonds, mais celui qui réalise de nouvelles combinaisons. Il en distingue cinq :
- la fabrication d’un bien nouveau ;
- l’introduction d’une méthode de production nouvelle ;
- l’ouverture d’un nouveau débouché ;
- la conquête d’une nouvelle source de matières premières ;
- une nouvelle organisation d’une branche (création ou destruction d’un monopole).
L’entrepreneur est motivé par le profit, mais aussi par la volonté de fonder un empire, le goût de la victoire et la joie de créer. Le crédit bancaire joue un rôle essentiel : il donne à l’entrepreneur les moyens de détourner des ressources vers ses projets.
La destruction créatrice
L’expression, popularisée par Capitalisme, socialisme et démocratie (1942), décrit le processus par lequel les innovations rendent obsolètes les produits, les techniques et les entreprises existants. Le chemin de fer a ruiné les diligences, l’automobile les fabricants de calèches, la photographie numérique l’argentique.
Pour Schumpeter, ce processus est « la donnée fondamentale du capitalisme ». La concurrence qui compte vraiment n’est pas celle des prix entre entreprises identiques, mais celle qui vient de la nouvelle marchandise, la nouvelle technique, la nouvelle source de ravitaillement, le nouveau type d’organisation.
La destruction créatrice a un coût social : faillites, pertes d’emplois dans les secteurs déclinants, reconversions difficiles (voir chômage). Elle explique pourquoi la croissance s’accompagne de restructurations permanentes.
Les cycles économiques
Schumpeter explique les cycles par le fait que les innovations apparaissent en grappes : une innovation majeure suscite une vague d’imitateurs et d’innovations dérivées, qui alimente une phase d’expansion ; puis la vague s’épuise et la dépression assainit l’économie. Dans Business Cycles (1939), il combine plusieurs cycles :
| Cycle | Durée approximative | Nommé d’après |
|---|---|---|
| Kitchin | environ 3 à 4 ans | Joseph Kitchin (cycle des stocks) |
| Juglar | environ 8 à 10 ans | Clément Juglar (cycle des affaires) |
| Kondratiev | environ 50 ans | Nikolaï Kondratiev (grandes vagues technologiques : machine à vapeur, chemin de fer, électricité et automobile…) |
Capitalisme, socialisme et démocratie (1942)
Schumpeter y pose une question provocante : « Le capitalisme peut-il survivre ? Non, je ne crois pas qu’il le puisse. » Non pas à cause de ses échecs, comme le pensait Marx, mais à cause de ses succès :
- l’innovation devient routinière, prise en charge par les services de recherche des grandes entreprises : l’entrepreneur héroïque disparaît ;
- la bureaucratisation des grandes firmes érode l’esprit d’entreprise ;
- les intellectuels, nourris par la prospérité, critiquent le système ;
- les institutions qui le soutenaient (propriété, famille) s’affaiblissent.
Il en conclut à une évolution probable vers une forme de socialisme. Le livre contient aussi une définition célèbre de la démocratie comme compétition entre élites pour le vote des électeurs.
L’héritage
- Les théories de la croissance endogène (Paul Romer) et les modèles schumpétériens de Philippe Aghion et Peter Howitt (prix Nobel 2025 avec Joel Mokyr) formalisent la destruction créatrice.
- L’économie de l’innovation, la politique de la concurrence et l’analyse des start-up se réfèrent constamment à lui.
- Le mot « schumpétérien » qualifie toute approche centrée sur l’innovation et l’entrepreneur.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que la destruction créatrice, en une phrase ?
Le processus par lequel les innovations font disparaître des activités anciennes tout en en créant de nouvelles, ce qui renouvelle en permanence l’économie.
Schumpeter était-il opposé à Keynes ?
Il ne partageait pas son analyse : pour lui, les crises ont une fonction d’assainissement et ne doivent pas être combattues à tout prix. Il critiquait aussi le caractère trop politique, selon lui, de la Théorie générale.
Quelle différence entre invention et innovation ?
L’invention est la découverte technique ; l’innovation est son introduction réussie dans l’économie. Pour Schumpeter, c’est l’innovation, portée par l’entrepreneur, qui compte.