Sciences · Terre et climat
La dérive des continents
La dérive des continents est la théorie selon laquelle les continents se déplacent lentement à la surface du globe. Proposée par Alfred Wegener en 1912, rejetée pendant 40 ans, elle a été confirmée dans les années 1960.
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L’histoire de la dérive des continents est l’un des cas d’école de la méthode scientifique : une idée juste, appuyée par des indices solides, mais rejetée faute de mécanisme convaincant, puis réhabilitée par des données nouvelles. Elle a débouché sur la théorie de la tectonique des plaques, qui explique aujourd’hui séismes, volcans et montagnes.
Alfred Wegener et son idée
Alfred Wegener (1880-1930) est un météorologue et explorateur allemand. Il présente sa théorie le 6 janvier 1912 à Francfort, puis la développe dans un livre, La Genèse des continents et des océans, publié en 1915 et réédité plusieurs fois.
Son hypothèse : les continents étaient réunis en un seul bloc, la Pangée, qui s’est fragmenté ; ses morceaux ont dérivé jusqu’à leurs positions actuelles, en « labourant » le fond des océans.
D’autres avaient remarqué la complémentarité des côtes de l’Atlantique (Abraham Ortelius dès 1596, Antonio Snider-Pellegrini en 1858), mais Wegener est le premier à rassembler un faisceau de preuves issues de plusieurs disciplines.
Les quatre familles de preuves
| Type de preuve | Observation |
|---|---|
| Géographique | Les côtes d’Afrique et d’Amérique du Sud s’emboîtent comme des pièces de puzzle |
| Paléontologique | Mêmes fossiles de part et d’autre des océans |
| Géologique | Chaînes de montagnes et formations rocheuses qui se prolongent d’un continent à l’autre |
| Paléoclimatique | Traces de glaciers sous les tropiques, de charbon en Antarctique |
Les fossiles
On trouve les fossiles de Mesosaurus, petit reptile d’eau douce, à la fois au Brésil et en Afrique australe ; ceux de Lystrosaurus en Afrique, en Inde et en Antarctique ; la fougère à graines Glossopteris sur tous les continents du sud. Aucun de ces êtres n’aurait pu traverser un océan. Les géologues de l’époque imaginaient des « ponts continentaux » aujourd’hui engloutis ; Wegener objectait que des continents légers ne peuvent pas s’enfoncer dans le fond océanique.
Les roches et les montagnes
Les vieilles chaînes de montagnes d’Écosse et de Scandinavie se prolongent dans les Appalaches ; les terrains anciens du Brésil se raccordent à ceux de l’Afrique de l’Ouest quand on rapproche les deux continents.
Les climats du passé
Des dépôts glaciaires vieux d’environ 300 millions d’années, avec des stries orientées, se retrouvent en Afrique du Sud, en Inde, en Australie et en Amérique du Sud, aujourd’hui loin des pôles. Regroupés autour du pôle Sud de l’époque, ils dessinent une seule calotte.
Pourquoi la théorie a-t-elle été rejetée ?
La plupart des géologues, notamment anglo-saxons, ont refusé la dérive pendant quarante ans. Le reproche principal portait sur le mécanisme : Wegener invoquait la force centrifuge liée à la rotation de la Terre et les marées, des forces des millions de fois trop faibles pour déplacer des continents. Le géophysicien britannique Harold Jeffreys démontra que des continents ne pouvaient pas fendre la croûte océanique comme un navire fend l’eau.
Wegener meurt en novembre 1930, lors d’une expédition sur l’inlandsis du Groenland, sans avoir vu sa théorie acceptée. En 1929, le géologue britannique Arthur Holmes avait pourtant proposé un moteur plausible : la convection du manteau terrestre.
La confirmation, des années 1950 à 1968
Ce sont les océans, presque inconnus du temps de Wegener, qui ont apporté la réponse :
| Date | Découverte |
|---|---|
| Années 1950 | Le paléomagnétisme montre que les pôles magnétiques semblent avoir « erré » différemment selon les continents : ce sont les continents qui ont bougé |
| 1953-1957 | Marie Tharp et Bruce Heezen cartographient la dorsale médio-atlantique et sa vallée centrale |
| 1960-1962 | Harry Hess propose l’expansion des fonds océaniques à partir des dorsales |
| 1963 | Frederick Vine et Drummond Matthews (et Lawrence Morley) expliquent les bandes magnétiques symétriques des fonds marins |
| 1965 | John Tuzo Wilson définit les failles transformantes |
| 1967-1968 | Dan McKenzie, Jason Morgan et le Français Xavier Le Pichon formulent la tectonique des plaques |
Les forages océaniques de la fin des années 1960 ont confirmé que les sédiments et les basaltes sont de plus en plus vieux à mesure qu’on s’éloigne des dorsales. Les bandes d’aimantation, enregistrant les inversions du champ magnétique terrestre, fonctionnent comme une bande magnétique déroulée de part et d’autre de la dorsale.
Dérive des continents et tectonique des plaques
Wegener avait raison sur le fait que les continents bougent, mais tort sur la façon dont ils bougent : ils ne glissent pas à travers le plancher océanique, ils sont portés par des plaques.
Les continents bougent-ils encore ?
Oui. Depuis les années 1980, les mesures par satellite (GPS et interférométrie radio) montrent des déplacements de quelques centimètres par an : l’Atlantique Nord s’élargit d’environ 2,5 cm par an, l’Australie remonte vers le nord d’environ 7 cm par an, et l’Inde continue de s’enfoncer sous l’Asie.
Questions fréquentes
Qui a découvert la dérive des continents ?
Alfred Wegener l’a formulée de façon argumentée en 1912. D’autres avant lui avaient remarqué la forme complémentaire des côtes atlantiques, sans en tirer une théorie complète.
Pourquoi Wegener n’a-t-il pas été cru ?
Parce qu’il ne proposait pas de mécanisme crédible pour déplacer les continents. Ses preuves étaient solides, mais les forces qu’il invoquait étaient beaucoup trop faibles.
À quelle vitesse les continents dérivent-ils ?
De 1 à 10 cm par an selon les plaques, soit à peu près la vitesse de croissance des ongles.