Sciences · Biologie
Charles Darwin
Charles Darwin (1809-1882) est le naturaliste anglais qui a expliqué l’évolution des espèces par la sélection naturelle, dans L’Origine des espèces publiée en 1859.
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Charles Robert Darwin est né le 12 février 1809 à Shrewsbury, en Angleterre, et mort le 19 avril 1882 à Down House, sa maison du Kent. Après un voyage de près de cinq ans autour du monde à bord du Beagle, il a consacré plus de vingt ans à rassembler les preuves d’une idée alors scandaleuse : les espèces ne sont pas fixes, elles descendent les unes des autres et se transforment sous l’effet de la sélection naturelle. Sa théorie fonde la biologie moderne de l'évolution des espèces.
Repères biographiques
| Date | Événement |
|---|---|
| 12 février 1809 | Naissance à Shrewsbury, cinquième de six enfants de Robert Darwin, médecin, et de Susannah Wedgwood. |
| 1825-1827 | Études de médecine à Édimbourg, qu’il abandonne : il ne supporte pas les opérations pratiquées sans anesthésie. |
| 1828-1831 | Études au Christ’s College de Cambridge en vue de devenir pasteur ; il s’y passionne pour l’histoire naturelle auprès du botaniste John Henslow. |
| 27 décembre 1831 | Départ du HMS Beagle de Plymouth. |
| Septembre-octobre 1835 | Escale aux îles Galápagos. |
| 2 octobre 1836 | Retour en Angleterre. |
| 1838 | Lecture de l'Essai sur le principe de population de Malthus : il conçoit le principe de la sélection naturelle. |
| 1839 | Mariage avec sa cousine Emma Wedgwood ; le couple aura dix enfants. Publication du récit de son voyage. |
| 1842 | Installation à Down House, dans le Kent, où il vivra jusqu’à sa mort. |
| 1858 | Il reçoit un manuscrit d’Alfred Russel Wallace exposant la même idée ; leurs textes sont présentés ensemble le 1er juillet à la Linnean Society. |
| 24 novembre 1859 | Publication de L’Origine des espèces. |
| 1871 | La Filiation de l’homme et la sélection liée au sexe. |
| 19 avril 1882 | Mort à Down House ; il est inhumé à l’abbaye de Westminster. |
Darwin est issu de deux familles aisées : son grand-père paternel, Erasmus Darwin, médecin et poète, avait déjà spéculé sur la transformation des espèces ; son grand-père maternel, Josiah Wedgwood, avait fondé la célèbre faïencerie. Cette fortune lui a permis de se consacrer à la recherche sans exercer de métier.
Le voyage du Beagle (1831-1836)
À 22 ans, Darwin embarque comme naturaliste non rémunéré à bord du Beagle, navire de la Royal Navy commandé par Robert FitzRoy et chargé de cartographier les côtes d’Amérique du Sud. Le voyage, prévu pour deux ans, dure près de cinq ans et fait le tour du monde : Cap-Vert, Brésil, Argentine, Terre de Feu, Chili, Galápagos, Tahiti, Nouvelle-Zélande, Australie, île Maurice, cap de Bonne-Espérance.
Darwin passe l’essentiel du temps à terre. Il collecte des milliers de spécimens et fait plusieurs observations décisives :
- en Argentine, des fossiles de grands mammifères disparus (paresseux et tatous géants) ressemblant aux espèces vivant encore sur place ;
- au Chili, un tremblement de terre qui soulève la côte de plusieurs dizaines de centimètres, confirmant que la Terre change lentement, comme le soutenait le géologue Charles Lyell ;
- aux Galápagos, des espèces proches mais différentes d’une île à l’autre : tortues géantes, moqueurs et pinsons.
Contrairement à une idée répandue, Darwin n’a pas eu de révélation sur place. C’est en étudiant ses collections à Londres, avec l’ornithologue John Gould, qu’il comprend que les pinsons des différentes îles forment des espèces distinctes descendant probablement d’un même ancêtre venu du continent.
La naissance de la théorie
Dès 1837, Darwin ouvre un carnet sur la « transmutation » des espèces et y dessine un arbre de parenté accompagné des mots I think (« je pense »). En septembre 1838, la lecture de Malthus, qui décrit la lutte pour les ressources dans les populations humaines, lui donne la clé : dans la nature, seuls les individus les mieux adaptés survivent et se reproduisent, transmettant leurs caractères.
Conscient du scandale que l’idée provoquerait, Darwin accumule les preuves pendant vingt ans : expériences sur les graines, élevage de pigeons, étude des cirripèdes (huit ans de travail). En juin 1858, il reçoit d’Alfred Russel Wallace, naturaliste alors en Indonésie, un essai exposant une théorie quasi identique. Ses amis Lyell et Hooker organisent une présentation conjointe, puis Darwin rédige en un an une version abrégée de son grand ouvrage.
L’Origine des espèces (1859)
De l’origine des espèces au moyen de la sélection naturelle, ou la préservation des races favorisées dans la lutte pour la vie paraît le 24 novembre 1859 chez l’éditeur John Murray. Le livre défend deux thèses :
- la descendance avec modification : toutes les espèces descendent d’ancêtres communs, formant un arbre de la vie ;
- la sélection naturelle comme principal moteur de ces transformations.
Darwin s’appuie sur la sélection artificielle pratiquée par les éleveurs, sur la répartition géographique des espèces, sur les fossiles, l’embryologie et les organes rudimentaires. Il y parle très peu de l’être humain. L’ouvrage connaît six éditions de son vivant ; c’est dans la cinquième (1869) qu’il reprend l’expression survival of the fittest (« survie du plus apte ») forgée par le philosophe Herbert Spencer.
Il manquait à Darwin une théorie de l’hérédité : il ignorait les travaux de Gregor Mendel, publiés en 1866. La synthèse entre darwinisme et génétique ne se fera que dans les années 1930-1940.
Les autres œuvres de Darwin
| Année | Ouvrage | Apport |
|---|---|---|
| 1839 | Voyage d’un naturaliste autour du monde | Récit du voyage du Beagle, grand succès public |
| 1842 | La Structure et la distribution des récifs coralliens | Explication de la formation des atolls, toujours admise |
| 1862 | La Fécondation des orchidées | Coévolution des fleurs et des insectes pollinisateurs |
| 1868 | De la variation des animaux et des plantes à l’état domestique | Sélection artificielle |
| 1871 | La Filiation de l’homme | Origine animale de l’homme, sélection sexuelle |
| 1872 | L’Expression des émotions chez l’homme et les animaux | Fondateur de l’étude comparée des émotions |
| 1881 | La Formation de la terre végétale par l’action des vers de terre | Rôle écologique des lombrics |
Réception et controverses
Le livre suscite un débat immédiat. Le 30 juin 1860, à Oxford, l’évêque Samuel Wilberforce affronte le biologiste Thomas Huxley, défenseur ardent de Darwin, surnommé ensuite « le bouledogue de Darwin ». Malade et discret, Darwin ne participe presque jamais aux débats publics.
À la fin du XIXe siècle, la plupart des scientifiques acceptent l’évolution, mais beaucoup doutent encore de la sélection naturelle. Darwin lui-même a été tiraillé sur la religion : d’abord destiné à être pasteur, il s’est décrit à la fin de sa vie comme agnostique, notamment après la mort de sa fille Annie en 1851.
Ce que Darwin n’a pas dit
- Il n’a pas écrit que « l’homme descend du singe », mais que l’homme et les grands singes ont des ancêtres communs.
- Il n’est pas à l’origine du « darwinisme social », doctrine appliquant la lutte pour la vie aux sociétés humaines, développée surtout par Herbert Spencer, ni de l’eugénisme, promu par son demi-cousin Francis Galton.
- La phrase souvent citée « Ce n’est pas le plus fort de l’espèce qui survit… mais celui qui s’adapte le mieux au changement » ne figure dans aucun de ses écrits.
Questions fréquentes
Qu’a découvert Charles Darwin ?
Il a établi que les espèces se transforment au cours du temps et descendent d’ancêtres communs, et il a découvert le mécanisme de la sélection naturelle, qui explique comment les êtres vivants s’adaptent à leur milieu.
Pourquoi les Galápagos sont-elles associées à Darwin ?
Parce que les espèces de cet archipel volcanique isolé, différentes d’une île à l’autre mais apparentées à celles du continent sud-américain, lui ont fourni l’un des meilleurs exemples de diversification à partir d’un ancêtre commun.
Quelle est la différence entre Darwin et Lamarck ?
Lamarck pensait que les caractères acquis par l’usage se transmettent aux descendants. Darwin explique l’adaptation par le tri, à chaque génération, des variations héréditaires existantes. La génétique a donné raison à Darwin sur ce point.
Darwin a-t-il reçu un prix Nobel ?
Non : les prix Nobel n’ont été créés qu’en 1901, dix-neuf ans après sa mort. Il a reçu de son vivant la médaille Copley de la Royal Society en 1864, sa plus haute distinction.