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Psychologie · Apprendre et mémoriser

La courbe de l’oubli

La courbe de l’oubli, établie par Hermann Ebbinghaus en 1885, montre que l’oubli est très rapide dans les heures qui suivent l’apprentissage, puis ralentit. Chaque révision espacée l’aplanit.

Mis à jour le 4 min de lecture

La courbe de l’oubli décrit la façon dont une information apprise s’efface de la mémoire avec le temps. Elle a été mesurée pour la première fois par le psychologue allemand Hermann Ebbinghaus (1850-1909), qui a publié ses résultats en 1885 dans Über das Gedächtnis (Sur la mémoire). Son constat, confirmé depuis : l’oubli est rapide au début, puis de plus en plus lent. Ce n’est pas une droite mais une courbe qui chute fortement avant de s’aplatir.

L’expérience d’Ebbinghaus

Ebbinghaus voulait étudier la mémoire « pure », sans l’influence du sens. Il a donc inventé des syllabes sans signification de type consonne-voyelle-consonne (DAX, BOK, ZEF), qu’il apprenait par listes jusqu’à pouvoir les réciter deux fois sans erreur.

Son unique sujet d’expérience était… lui-même. Pendant des mois, il a appris des centaines de listes, puis mesuré ce qu’il en restait après des délais variables, de 20 minutes à 31 jours.

Pour mesurer l’oubli, il utilisait une méthode ingénieuse, la méthode des économies : il réapprenait la liste et calculait le temps gagné par rapport au premier apprentissage. Si réapprendre prenait moitié moins de temps, il restait 50 % d'« économies », même si la liste semblait entièrement oubliée.

Les chiffres de la courbe

Délai après l’apprentissageÉconomies mesurées (environ)
20 minutes58 %
1 heure44 %
9 heures36 %
1 jour34 %
2 jours28 %
6 jours25 %
31 jours21 %

En une heure, plus de la moitié du bénéfice de l’apprentissage disparaît ; au bout d’un mois, il en reste encore environ un cinquième. Ces chiffres sont souvent mal cités : il ne s’agit pas du pourcentage d’informations dont on se souvient, mais du temps économisé au réapprentissage.

La courbe a-t-elle été confirmée ?

Oui. En 2015, Jaap Murre et Joeri Dros (université d’Amsterdam) ont reproduit l’expérience avec la même méthode, sur un sujet unique entraîné. Leurs résultats sont très proches de ceux d’Ebbinghaus, avec un léger rebond après 24 heures qu’ils attribuent possiblement au sommeil.

Plus largement, des milliers d’études ont confirmé la forme générale de la courbe : l’oubli suit approximativement une fonction de puissance, rapide puis lente.

Ce qui modifie la pente de la courbe

FacteurEffet
Information dotée de sensOubli beaucoup plus lent que pour des syllabes absurdes
Liens avec des connaissances antérieuresMeilleure rétention
Apprentissage approfondi (surapprentissage)Courbe plus plate
Révisions espacéesChaque rappel « remonte » la courbe et ralentit l’oubli suivant
Rappel actif (se tester)Plus efficace que la relecture
Sommeil après l’apprentissageFavorise la consolidation
ÉmotionLes événements marquants sont mieux retenus
Interférences (matières proches)Accélèrent l’oubli

Les savoir-faire moteurs (nager, faire du vélo) s’oublient très peu, contrairement aux listes de faits isolés.

Comment aplatir la courbe de l’oubli

Ebbinghaus lui-même avait remarqué que des répétitions réparties dans le temps étaient plus efficaces que des répétitions massées. C’est l’origine de l'effet d’espacement, base de la répétition espacée.

Le principe : après chaque révision réussie, l’oubli est plus lent, ce qui permet d’allonger l’intervalle avant la suivante.

  1. Réviser une première fois rapidement : le soir même ou le lendemain, quand l’oubli est le plus rapide.
  2. Espacer progressivement : par exemple J+1, J+3, J+7, J+15, J+30.
  3. Se tester plutôt que relire : chaque récupération active consolide davantage (voir effet de test).
  4. Comprendre avant de mémoriser : une information qui a du sens s’oublie beaucoup moins vite qu’une suite arbitraire.
  5. Dormir : le sommeil qui suit l’apprentissage protège les souvenirs (voir sommeil et mémoire).

L’héritage d’Ebbinghaus

Ebbinghaus a montré qu’on pouvait étudier expérimentalement les processus mentaux supérieurs, ce que beaucoup jugeaient impossible à son époque. Outre la courbe de l’oubli, on lui doit la description de la courbe d’apprentissage, de l'effet d’espacement et de l'effet de position sérielle (on retient mieux le début et la fin d’une liste). Sa méthode — matériel contrôlé, mesures répétées, analyse quantitative — a fondé la psychologie expérimentale de la mémoire.

Sa principale limite tient à son choix même : des syllabes dépourvues de sens, apprises par un seul individu, ne représentent pas la mémoire de tous les jours. Frederic Bartlett lui reprochera en 1932 d’ignorer le rôle du sens et de la reconstruction.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que la courbe de l’oubli en une phrase ?

C’est la représentation de la perte progressive d’une information en mémoire : très rapide dans les premières heures, puis de plus en plus lente.

Combien oublie-t-on après 24 heures ?

Dans l’expérience d’Ebbinghaus, il ne restait qu’environ un tiers d’économies au réapprentissage après un jour. Pour un contenu qui a du sens et a été bien compris, l’oubli est nettement plus faible. Il n’existe pas de pourcentage universel.

Comment éviter d’oublier ce que l’on apprend ?

En révisant peu de temps après l’apprentissage, puis à intervalles croissants, de préférence en se testant plutôt qu’en relisant, et en dormant suffisamment.

Qui était Hermann Ebbinghaus ?

Un psychologue allemand (1850-1909), pionnier de l’étude expérimentale de la mémoire. Son ouvrage de 1885 sur la mémoire est considéré comme fondateur.

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